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Blabla autocritique d’une « bobo » toulousaine

Texte : Françoise Chapuis, Toulouse

Quelle fût notre surprise de constater, le soir du résultat des élections présidentielles,  la montée  fulgurante de la droite extrême, et les bas-fonds atteints par la gauche ! …Pour ma part, j’avais, comme beaucoup de « bobos » (ou « bourgeois bohèmes » ¾on  nous appelle comme ça, nous les nantis de gauche, les « bien nés », remplis d’idéaux  humanistes, de valeurs de gauche,  mais qui avons la bouche pleine ! ¾ j’avais donc donné ma voix à une liste « alternative », novatrice, qui semblait tenir un discours de gauche, simple, humain, ce que je ne trouvais plus dans la gauche « classique ». 

C’est donc satisfaite, la conscience bien tranquille et presque fière de moi que j’allume mon poste de télévision en ce dimanche soir. Et alors c’est  une bombe qui explose (ici, à Toulouse, on ne s’était même pas encore remis de celle de septembre dernier) et le verdict tombe.  On n’y croit pas.  On se dit qu’on a mal compris, que c’est un énorme gag, qu’ils vont rectifier très vite, qu’on est en train de rêver, qu’on va se réveiller, que ce n’est pas possible, que ça n’est pas de notre pays qu’ils parlent... Et pourtant si ! Et c’est un mal-être qui succède , et plein de questions qui surgissent : Comment en est-on arrivés là ? Pourquoi n’a-t-on rien vu venir ? Qui sont ces gens qui ont voté pour ces idées fascistes ? Qu’espèrent-ils ? Que veulent-ils ? Contre qui en ont-ils ? ... Puis, des réponses arrivent, plus ou moins satisfaisantes et surtout très étonnantes. 
En effet, on apprend (et les discours de Le Pen nous auraient déjà un peu mis sur la piste, pour peu qu’on y ait regardé de plus prèsque l’électorat en question est constitué en grande partie d’une population défavorisée, française et immigrée, exclue par la société en général, négligée par la politique  et qui veut ainsi manifester son  mécontentement, son ras le bol , et réclamer qu’on s’intéresse un peu à elle ... Ce que nous, « bons » défenseurs du pauvre, de la veuve et de l’orphelin  n’avons pas su  voir, nous contentant depuis des lustres de condamner les quelques rares électeurs de l’extrême droite, les vilains petits canards, les méchants nostalgiques du nazisme, détraqués racistes et xénophobes ou autre hooligan, bref des cas isolés qu’on ne voit qu’à la TV, trop peu nombreux pour représenter un danger réel.  Jamais nous n’avions pensé qu’il pouvait s’agir d’habitants de la cité d’en face, des défavorisés, que l’on croise tous les jours en allant acheter son pain. Ceux-là précisément que l’on pensait défendre en votant à gauche.. Que l’on pensait défendre sans les connaître vraiment, ni les comprendre d’ailleurs.  La preuve !  Et c’est précisément ce reproche que nous faisons aujourd’hui à la classe politique, cet éloignement des gens et des réalités quotidiennes.  N’a-t-on pas nous aussi, à notre échelle, ce même reproche à nous faire ? ... Il paraît qu’il n’est jamais trop tard… 

Dessin : Christoph Schiltz