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Le cinéma américain

ou comment promouvoir vos guerres

 

Texte : Alain Petit, Montréal

 

Peut-être avez-vous déjà vu ces courts clips de propagande diffusés dans les salles de cinéma pendant la Deuxième Guerre mondiale.  On y valorisait "l'effort de guerre", on y portait aux nues nos valeureux soldats, on encourageait les jeunes désœuvrés à s'engager au sein de nos vaillantes troupes.  On regarde ça, on sourit, on se dit que c'était une autre époque.  Et pourtant non, l'Histoire se répète encore, et à quel prix?

Fin 2001, l'industrie du cinéma américain a réalisé une bande annonce de trois minutes vantant l'effort de guerre américain en Afghanistan.  Réalisé par Chuck Workman et produit par Michael Rhodes, ce clip présentait des scènes patriotiques tirées de films légendaire du répertoire américain.  Les Mary Pickford, Charlie Chaplin, Tom Cruise et Ben Affleck y figuraient, héroïques, pour stimuler fibre patriotique des spectateurs des quelques 10 000 salles où ce produit hollywoodien a été présenté.

Le but?  Allez savoir.  À première vue, ça semble inoffensif et ça tire quelques larmes à Ms Smith tandis que Mr Smith se retient pour ne pas brandir le poing en criant « Let's go guys! ».  Pendant ce temps, l'armée américaine et ses fidèles alliés arrosent de bombes et de produits chimiques un territoire désertique ou est censé se cacher un gros méchant.  Au diable les populations civiles, vivement l'essentiel est éliminer l'ennemi.

Depuis quelques années, on s'offusque de la montée de groupes d'extrême droite à tendance néo-nazie particulièrement en Europe mais aussi en Amérique.  On trouve grave que des jeunes s'identifie à un mouvement dont ils ne retiennent que les antécédents violents et haineux.  Il est donc du meilleur chic de partir à la chasse aux artéfacts nazis et à tout ce qui représente ou nous fait penser à cette période honnie, et ce, disons-le bien haut, avec raison.  L'hécatombe de l'holocauste dépasse encore l'entendement et nul ne peut imaginer que de telles horreurs se reproduisent.

Or, pendant que s'effectue cette chasse aux sorcières qui nous ramènent cinquante ans en arrière, nos salles de cinéma affichent « La chute du faucon noir », « Amen » et autres titres du genre.  Ces deux exemples sont probants.  Le premier a été réalisé par Ridley Scott, le second, par Costa-Gavras, deux références en matière de succès et de talent.

Un journaliste français a affirmé plus tôt en 2002 tenir les preuves que « La chute du faucon noir »a été produit sous les hospices d'une commande du Département de la Défense américain.  Bien que de telles preuves n'aient pas été clairement dévoilées, il n'en reste pas moins que le film en question racontait l'épopée de commandos américains dépêchés en Somalie, pendant les années 90, pour rétablir l'ordre dans ce pays aliéné par l'anarchie, un concept on ne peut plus anti-américain. 

Le drame de la Somalie se solde par un pays ravagé par des années de guerre civile.  Résultat, plus de 300 000 victimes de sous-alimentation et un nombre incalculable de civils tués pendant les conflits armés, dont le débarquement des forces alliées.  Depuis, plus de nouvelles de la Somalie.  Tout ce qu'on en sait, c'est qu'un ménage a été fait.  L'ordre y a été rétabli par les Occidentaux, il ne leur restent plus qu'à compter leurs morts.  Au fait, combien de Somaliens ont été tués?  Aucun chiffre officiel n'a jamais paru.  Seule a été retenue l'image du cadavre d'un soldat américain traîné en trophée dans les rues de Mogadiscio, capitale de la Somalie.  Aussi, la mort de 18 soldats de l'Oncle Sam a-t-elle émue, pour le reste...  un film signé par Ridley Scott servira bien à boucler la boucle et à faire oublier les ravages et la situation actuelle.

En 2002, Costa-Gavras présentait « Amen ».   On parle ici de l'auteur de « Z », un film incisif qui dénonçait la dictature du régime des colonels dans la Grèce des années '60, de « État de siège » où il dénonçait l'impérialisme américain et de « Music Box » où il donnait une raclée au fascisme et au racisme.  « Amen » a été encensé par la critique.  Le film dénonce le mutisme de l'église catholique et des diplomates occidentaux alors même qu'ils connaissaient l'existence de l'holocauste juive en cours.  Un prêtre italien s'offusque et tente de faire réagir le pape de l’époque, rien n'y fait.  Le petit prêtre y perd la vie, un officier allemand outré est le héros, le peuple juif attire encore une fois nos sympathies.  Bien.  Or, nous sommes en 2002.  On pourchasse les terroristes arabes de par le monde. 

La région chaude du globe est la Palestine et l'Israël ou Juifs et Arabes s'entretuent.  On parle beaucoup des lobby juifs américains, on dénonce le marasme des autorités israéliennes, on abhorre les commanditaires des attentats-suicides.  Aucune issue à ce conflit sans fin.  Et pendant ce temps, Costa-Gavras, l'homme de toutes les causes sociales réalise un film hollywoodien à gros budget qui nous ramène à un segment d'histoire vieux d'une cinquantaine d'années.

D'aucuns prétendront que, pour oublier un présent lugubre, mieux vaut se projeter dans l'avenir ou plonger dans le passé.  Oublier le présent et se remémorer le passé.  Est-ce bien sain?  A-t-on seulement le droit de se poser encore cette question?  La propagande du cinéma américain répondra pour nous.  Les messages sont sournois et l'illusion, efficace.