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La guerre de la drogue
Jusqu’où la Colombie ira-t-elle?

 

Texte : Julie Lambert, Montréal

 

Photo : Indiana Prevention Resource Center

Le fléau de la guerre sévit partout sur la planète, et ce de différentes manières. En Amérique du Sud, plus particulièrement en Colombie, c’est à la feuille de coca que l’on impute en grande partie la lourde responsabilité du conflit armé. Le pays de Pablo Escobar, où mafias, cartels de la drogue et corruption politique sont monnaies courantes, est la proie d’une guerre civile dont l’enjeu principal est le contrôle du trafic des stupéfiants. Mis à part les narcotrafiquants eux-mêmes, plusieurs camps dont les Forces armées révolutionnaires de Colombie* (FARC), l’Armée de libération nationale (ELN), l’armée colombienne, des paramilitaires et des soldats américains se disputent l’argent du narcotrafic et revendiquent leur part du gâteau;  des miliciens d’extrême droite en passant par les guérilleros de gauche, tous se battent à leur manière, pour des motifs aussi irréconciliables et nombreux que les profits du trafic de drogue, l’éradication de la culture de la feuille de coca au moyen du Plan Colombie (financé par les États-Unis) et le retour de la dignité et la lutte à la corruption (combat de la Colombienne Ingrid Bétancourt*, par exemple).

Le pays baigne dans un véritable chaos politique, économique et social, et le trafic de la coca en est la principale cause. La liberté d’expression n’existe plus; des civils périssent chaque jour parce qu’ils ont voulu comprendre ou parler du conflit. Les grands cartels, quoique moins influents que dans la dernière décennie, terrifient ceux qui osent s’insurger contre l’injustice. Les maires démissionnent, les syndicalistes, les journalistes et les leaders politiques s’exilent ou sont assassinés et la société civile se procure des armes pour mieux se défendre contre la menace constante. Enlèvements et disparitions surviennent également à tous moments. Les Colombiens regardent leur pays s’engouffrer, leur population s’appauvrir, leurs droits davantage bafoués chaque jour. Telle est la réalité colombienne au quotidien, telle est la réalité de la guerre de la drogue…

Le Plan Colombie : l’idéalisme de Pastrana remodelé à l’américaine

 

Depuis la fin des années 80, les Colombiens ne sont plus seuls dans leur combat. De fait, en 1998, le président colombien Pastrana a fait appel à Washington en présentant un « Plan Colombie », fondé sur une augmentation des exportations légales colombiennes pour nuire au trafic de la drogue. Le plan initial tel qu’esquissé par Pastrana ne se concrétisera jamais. L’idéalisme du Colombien n’a pas trouvé preneur au Congrès américain et Clinton n’a pu que remodeler le Plan pour fournir une aide en fonction des intérêts et de l’idéologie politique de son pays.

Photo : American Foreign Policy Online

Résultats : équipement militaire très sophistiqué, hélicoptères destinés à survoler les champs de coca et à fumiger les cultures, surveillance par satellite, moyens de communication ultra perfectionnés, avions pulvérisateurs chargés de défoliants, budget exorbitant… et la liste s’allonge. Ce plan d’aide ne répond que très peu aux besoins plus modestes du pays, et n’atteint pas son objectif premier : aider les paysans à passer de la culture de la feuille de coca à celle de produits de subsistance tels la banane.

 

Cet extrait d'un article du Monde diplomatique (Plan Colombie, passeport pour la guerre) met en lumière les motifs sous-jacents au Plan Colombie soutenu par les É.-U. : « Il [Plan Colombie] n'a pour objectif que de renforcer, équiper et entraîner l'armée colombienne; sous la pression de Washington, il joue la guerre contre la drogue, niant la nature sociale et politique du conflit. Le prétexte pour maquiller les véritables objectifs de la future intervention américaine, conserver le contrôle de cette région vitale, riche en ressources stratégiques, le pétrole en particulier, est ainsi trouvé : pour le Pentagone, la principale menace qui pèse sur l'hémisphère n'est plus Cuba, mais la possibilité que surgisse un "narco-état" colombien. » Des rumeurs de fonds détournés pour des raisons comme la rénovation de l’aéroport de la destination soleil d’Aruba ou pour la construction de chambres spacieuses avec téléviseurs et micro-ondes pour les représentants du Plan sur les lieux ont également circulé.

 

De plus, les recettes de la culture de la coca étant considérables, le gouvernement ainsi que les multiples intervenants de la lutte anti-drogue ne parviennent pas à leur fin. Les paysans sont de plus en plus pauvres, et la culture de la feuille demeure très lucrative. L’aide internationale se faisant toujours attendre, les agriculteurs n’ont d’autre choix que de continuer à cultiver la plante qui, paradoxalement, détruit peu à peu leur pays.

 


*LA COLOMBIE EN BREF

 

Superficie: 1,1 million de kilomètres carrés
Capitale: Bogota
Population: 40,8 millions
Langue: espagnol
Monnaie: peso
Nature de l'État: république unitaire
Nature du régime: démocratie présidentielle
Chef de l'État: Alvaro Uribe

 

ELN: Armée de libération nationale (5000 combattants)
FARC: Forces armées révolutionnaires de Colombie (15 000 combattants), le principal mouvement de guérilla de Colombie et le plus ancien d'Amérique latine

 

 

*Tableau tiré d’un reportage de Zone libre diffusé le 16 novembre 2001

Perspectives d’avenir : quel destin pour les Colombiens?

 

La poursuite du Plan Colombie et son expansion aux autres pays andins tissent la toile de fond de l’avenir de ce pays d’Amérique du Sud. Aussi, un nouveau président, Alvaro Uribe, vient tout juste d’accéder au pouvoir. Vent de changement ou statu quo, seul l’avenir nous le dira. Cependant, en armant les Colombiens, peut-être Uribe a-t-il décidé de faire la guerre à la guerre et de redonner à son pays et aux Colombiens la dignité et la paix. Sur les traces d’Ingrid et des autres, nous suivrons les pas de la Colombie vers des jours meilleurs.


*Ingrid Bétancourt : une femme d’honneur

Cette Colombienne qui a vécu en France a décidé de libérer son pays de la corruption et de lui redonner sa liberté, au péril de sa vie. Femme d’honneur, on la surnomme même la Don Quichotte de la Colombie. Elle croit en son pays, elle croit que les Colombiens ont assez versé de sang. Dans un extrait de son livre La rage au cœur, on peut lire : « Le conflit colombien est compliqué. Le combustible qui est en train de faire marcher cette machine de la guerre est le trafic de la drogue. C'est le trafic de la drogue qui finance la guérilla, c'est le trafic de la drogue qui finance les paramilitaires, c'est le trafic de la drogue qui finance aussi beaucoup de politiciens traditionnels, corrompus, qui détiennent le pouvoir. »

Depuis le 23 février, Ingrid Bétancourt est détenue dans son pays natal par les Forces Armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Elle sert de monnaie d’échange contre des prisonniers appartenant au groupe des FARC. Nul ne sait si elle est toujours vivante. Entrée en politique en 1994, elle est élue députée, puis sénatrice en 1998. Avant son enlèvement, elle se préparait aux élections présidentielles de 2002 (remportées le 26 mai par Alvaro Uribe). Convaincue que la corruption engendrée par le trafic de stupéfiants détruit son pays, elle se bat sans relâche pour mettre fin au climat de terreur et rétablir la paix en Colombie.