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MARY RITER HAMILTON:

femme dévastée

 

Texte : Manon Fontaine, Montréal

 

Alors que sonne l’Armistice et que les soldats reviennent au pays, une femme – Mary Riter Hamilton – s’apprête à livrer le combat de son existence, avec des toiles et des pinceaux pour toute artillerie. Cette peintre, femme mûre de 45 ans, se donne pour mission de rendre hommage aux héros canadiens et s’embarque, seule, pour l’Europe de l’après-guerre en voulant immortaliser ces  terres dévastées. 

Mandatée par le Club des Amputés de Colombie-Britannique, qui lui demande des toiles pour illustrer leur magazine Gold Stripe, elle traverse l’Atlantique et découvre la France éventrée de 1919. Elle fait face à des conditions de vie extrêmement difficiles : les eaux sont contaminées, la vermine pullule et elle doit s’abriter dans les bâtiments abandonnés, comptant, pour assurer sa subsistance, sur la seule générosité des rares fermiers revenus dans la région. Chacun de ses pas est empreint de courage puisque dans ces champs criblés d’obus non éclatés, d’objets piégés et de mines, elle risque la mort à tout instant. 

Ainsi, Mary Riter Hamilton délaisse son style académique traditionnel, acquis dans les ateliers et les académies allemandes et françaises, et peint dès lors à partir des émotions et des sentiments que lui inspirent les paysages qu’elles découvrent.

Albert (Somme), route d'Amiens

Plus de 350 toiles naissent de ce chemin de croix artistique et témoignent de scènes d’une terrible beauté. Tranchés, villages en ruines et croix sur des tombes se veulent les témoins qui immortalisent le passage de l’horreur avant que l’humain n’efface toute trace de cette terrible guerre.

En 1923, ayant acceptée d’exposer certaines de ces œuvres à l’Opéra de Paris et au Surrey de Londres, elle connaît un immense succès et atteint le sommet de sa carrière. D’ailleurs, en reconnaissance à sa contribution exceptionnelle, elle est décorée par le gouvernement français.  Malgré cette renommée, c’est une femme brisée qui revient au Canada après plus de trois ans d’absence. La tension constante, la mauvaise alimentation et le surmenage ont contribués à ruiner la santé de Mary. Elle retourne quelques temps en France et connaît bientôt de graves problèmes financiers, car elle refuse de vendre ne serait ce qu’un seul des 350 tableaux de sa collection peinte sur les champs de bataille désertés. En fait, son vœux le plus cher, dit-elle, est d’offrir ces toiles aux Archives nationales à Ottawa afin qu’elles profitent aux anciens combattants, à leur famille, et aux personnes à leur charge.

La mélancolie de la Somme

Sans le sous, malade, Mary Riter Hamilton est hospitalisée à Paris et perd l’usage d’un œil. Elle abandonne la peinture. Pour amasser suffisamment d’argent pour revenir au pays, elle se met à la décoration de tissu et gagne une médaille d’or qui souligne la qualité de ses créations. De retour au Canada, elle ouvre un studio à Winnipeg puis à Victoria. Son intégration à la société qui se modernise est de plus en plus difficile et elle se retire de la scène publique. À 80 ans, elle s’éteint dans l’oubli le plus complet.

 

En 1988, La Dre Angela Davis, professeure associée au St-John’s College de l’Université du Manitoba, communique avec l’Association des Amputés de guerre et fait part de son projet de restaurer les tableaux de Mary Riter Hamilton qui sont oubliés depuis longtemps aux Archives nationales.

Ainsi, 70 ans après le fin de la Première Guerre, la collection est montrée au public grâce à un document vidéo intitulé TERRES DÉVASTÉES,  produit par l’Association des Amputés de guerre.Suite à cette production, divers musées accueillent la collection NO MAN’S LAND composée d’une quarantaine de toiles de Mary. Outre la découverte d’œuvres  picturales de grande qualité, ces expositions permettent de ressusciter une femme courageuse qui a risqué sa vie et courut à sa perte pour rendre hommage aux soldats canadiens qui ont combattu au cours de la Première Guerre mondiale.